Le crime de Monsieur Lange
Jean Renoir a été l'un des plus grands réalisateurs de France, du monde et de Navarre. Si vous en doutiez, il vous suffirait de regarder son chef d'oeuvre humaniste, "La grande illusion" avec Jean Gabin.
Avec "Le crime de Monsieur Lange", réalisé en 1935, avant "La grande illusion", donc, Renoir inaugure sa collaboration avec le Parti Communiste.
Monsieur Lange est une jeune homme doux et rêveur qui travaille pour l'ignoble éditeur, Monsieur Batala. Ce dernier, dragueur invétéré, au point de violer la blanchisseuse, n'a aucun scrupule à faire travailler ses ouvriers sans les payer, à emprunter de l'argent à des usuriers sans les rembourser et va même jusqu'à pousser sa secrétaire, avec qui il couche, à aller voir des industriels pour leur demander de l'argent à sa place.
Dans le même temps, Lange passe son temps libre à écrire les aventures de "Arizona Jim", un feuilleton Western que Batala accepte d'éditer uniquement pour y introduire des slogans publicitaires sans lui demander son accord.
Alors que les usuriers menacent de porter plainte, Batala reçoit la visite d'un policier qu'il pense être là pour lui, aussi s'enfuit-il lâchement en arnaquant, au passage, sa secrétaire et le concierge de l'immeuble. Mais le train dans lequel il s'enfuit déraille et Batala est déclaré mort. Les ouvriers de la maison d'éditions décident donc, avec l'accord de l'héritier d'un des usuriers, de diriger l'entreprise sous forme de coopérative. Les aventures de "Arizona Jim" emportent alors un très large succès, au point qu'il est question d'une adaptation au cinéma. C'est le moment que choisit Batala pour refaire surface.
Le film démarre par une scène montrant un couple débarquer dans une auberge de campagne. Un gendarme vient de passer, il est à la recherche de Monsieur Lange, accusé de meurtre. Le fils de l'aubergiste reconnaît dans l'homme du couple, le fameux Monsieur Lange. La femme sort alors pour raconter l'histoire de Monsieur Lange aux personnes présentes pour les dissuader d'appeler les gendarmes.
C'est alors en un long flashback que se présente le film.
Au départ, le film est créé pour promouvoir des idées communistes, à travers la supériorité de la coopérative gérée par des employés sur le modèle usuel de l'entreprise gérée par un patron. Mais les idées anarchistes de Renoir et son esprit d'improvisation poussé par la présence de Prévert aux dialogues et aux soirées bien arrosées parmi la troupe d'acteurs, finissent par nuire totalement à l'idée première.
Effectivement, si le film voulait diaboliser le patronat au bénéfice des employés, sur la pellicule, c'est tout le contraire qui se passe.
La faute à Jules Berry, magnifique dans le rôle de Batala. Magnifique mais difficile à détester de la part du spectateur tant Jules Berry explose à l'écran par sa présence, par sa gouaille et par son air taquin. Difficile de le détester quand il exploite les ouvriers, difficile de le détester quand il viole la blanchisseuse, difficile même à la détester quand il usurpe la soutane pour disparaître et quand il ne peut s'empêcher de profiter de son habit pour arnaquer le pauvre pèlerin.
Au contraire, René Lefèvre interprète pâlement un bien pale Monsieur Lange. Cette contradiction interdit au spectateur d'adhérer à l'idée défendue d'autant que les ouvriers de Batala forment plus un bruyant agglomérat qu'une assemblée forte et productive.
L'apologie du modèle coopératif est encore plus mis à mal par le personnage du fils Meunier, l'héritier excentrique principal créancier des dettes de Batala. L'homme, à la fois sympathique et tolérant qui, pourtant, représente le capital.
Pourtant, "Le crime de Monsieur Lange" peut se targuer de grandes qualités. Outre l'interprétation magistrale, je me répète, de Jules Berry, celle fort sympathique de Henri Guisol (le fils Meunier), la présence rafraîchissante de Maurice Baquet, celle haute en couleur de Maurice Levèsque dans le rôle du concierge ou bien même celle de Florelle dans le rôle de Valentine, la propriétaire de la blanchisserie.
Autre qualité, le décor. Quasi l'intégralité du film se déroule dans un seul et même décor, un immeuble cernant une place centrale, immeuble dans lequel tous les personnages se croisent et se décroisent. L'immeuble abrite la blanchisserie, l'imprimerie de Batala, les locaux du concierge, la chambre de son fils (Maurice Baquet)...
Mais, la grande qualité du film, comme toujours chez Renoir, réside dans la réalisation.
La caméra suit sans cesse les personnages, dans l'immeuble, les poursuit dans les escaliers, s'arrête sur les paliers, lors des dialogues entre personnages et virevolte, régulièrement de l'un à l'autre.
Mais, le point culminant de cette réalisation se trouve dans la dernière scène du flashback, la séquence donnant son titre au film, le meurtre perpétré par Monsieur Lange. Renoir place sa caméra au milieu de la place et, après avoir filmé Batala en prise avec Valentine, la caméra s'élève pour filmer Lange à l'étage puis le suit au travers de l'imprimerie, puis dans l'escalier, jusqu'à ce qu'il débarque sur la place, en pivotant sur 180°, le tout en plan séquence. Puis, Renoir reprend un nouveau plan, à partir de Lange et continue de pivoter à 180° pour revenir sur Batala.
Une telle originalité et dextérité, nous sommes en 1935, force le respect et mérite, à lui seul, la vision de ce film au demeurant très court, 76 minutes.
Je passerai alors sur le final qui, là encore, entre en contradiction avec les idées communistes pour soutenir l'anarchisme du réalisateur.
Au final, "Le crime de Monsieur Lange" n'est pas le chef d'oeuvre de Renoir comme souvent annoncé mais, bénéficie de dialogues aux petits oignons et de l'interprétation sublime (je l'ai déjà dis ?) de Jules Berry ainsi que d'un décor magnifiquement exploité et d'une réalisation superbe avec un plan extraordinaire cité plus haut.
Un extrait : la fameuse scène à 360° débute à 5mn30 environ.
Fury
"Fury" est film de 1988, réalisé par Johnny Wang Lung Wei, avec Michael Fitzérald Wong, Waise Lee, Philippe Chan et Kirk Wong.
Johnny Wang est, à la base, un acteur, méchant récurrent des films de la Shaw Brothers en général et des films de Chang Cheh en particulier. En tant que réalisateur, seuls deux films sur ses dix réalisations, sortent un peu du lot, "Hong Kong Godfather" et ce "Fury".
Michael Fitzérald Wong, est le gwailo (entendez, un diable d'étranger, terme également craché aux visages des métis) le plus détesté de la colonie britannique avec Anthony Wong (celui-ci a depuis redoré son blason). Si Anthony Wong doit, longtemps, se contenter des rôles de méchants, surtout dans des films de "Category III", Michael Fitzerald, grâce à sa belle gueule, parvient à obtenir des rôles de gentils, malgré les critiques qui fustigent son mauvais jeu d'acteur. A noter que Michael Fitzérald Wong est le frère de Russel Wong, acteur, notamment dans "Roméo Must Die" aux côtés de Jet Li, mais qui est surtout connu, enfin, sera surtout connu, pour être le partenaire de l'acteur ayant inspiré, physiquement, le personnage de Wan Ching Mui dans les romans "Wan & Ted" de Kamash (disponibles sur le site d'OXYMORON Éditions), Chi Muoi Lo, dans la série "Vanishing son".
Michael Fitzérald Wong a, notamment, été le partenaire de Jackie Chan dans "Nikki Larson", l'ami qui trahit Brandon Lee dans "Legacy of rage", il apparaît dans deux épisodes de "Le sens du devoir", il joue dans la série "Once a thief" de John Woo (à ne pas confondre avec le film du même réalisateur). Son film le plus réputé demeurera "Final Option", où son rôle d'instructeur de la police marquera sa carrière au point qu'il reprendra le même rôle ou presque dans d'autres films dont la suite "First Option".
Waise Lee, les amateurs de films de John Woo le connaissent. C'est le traître par excellence selon Woo. Celui qui trahit Ti Lung et Chow Yun Fat dans "Le syndicat du crime", celui qui trahit Tony Leung Chiu Wai et Jacky Cheung dans "Une balle dans la tête" (ce sera encore le cas dans "Fury"). Mais l'homme sait aussi jouer les héros comme le policier torturé et blessé à la main du très violent "Big Heat" ou encore le policier de "Gunmen", remake de "Les incorruptibles" de Brian de Palma.
Kirk Wong, enfin, est le grand réalisateur que tout amateur de cinéma de Hong Kong se doit de connaître. Il a réalisé "Gunmen", "Crime Story" avec Jackie Chan ou encore l'excellent "OCTB".
"Fury" raconte l'histoire de trois amis qui s'apprêtent à faire du trafic de fausse monnaie, Lucky (Michael Fitzérald Wong), Chick (Phillip Chan) et Chou (Waise Lee). Alors qu'ils s'apprêtent à faire un gros coup organisé par le cousin de Chou, Chick se rend compte d'un problème, Chou est toujours fou amoureux de Elsa, son ancienne petite amie mais l'actuelle femme de Lucky.
Mais, le coup tourne mal, ils sont trahis, sans le savoir, par le cousin de Chou. Les amis tentent de s'enfuir mais Lucky est blessé et capturé par la police pendant qu'Elsa, Chick, Chou et son cousin, parviennent à embarquer sur un bateau pour Hong Kong. Durant la traversée, le cousin tire sur Chick qui tombe à l'eau et abat Elsa.
Cinq années plus tard, Lucky sort de prison, accueilli par Chou qui lui propose la grande vie grâce à l'argent du coup qu'il a fait fructifier.
Si l'on peut encore regretter la VF proposée par "Hong Kong Boulevard" pour la sortie du film en DVD, force est de reconnaître que celle-ci est bien moins pitoyable que celle du film accompagnant le coffret, "Brotherhood", ce qui permet d'apprécier le métrage presque à sa juste valeur.
Sans fournir un polar d'exception, ni dans le fond, ni dans la forme, le réalisateur se contente de proposer un spectacle sans risque mais sans grand défaut, se permettant, au passage, un gros clin d'oeil à "Le syndicat du crime" de John Woo (dans lequel Waise Lee était déjà le traître) dans une scène où Lucky retrouve, à sa sortie de prison, son vieil entraîneur de football, boitant de la jambe. Ce dernier le rassure en disant qu'il marche très bien, quand il a un pied dans le caniveau, copiant ainsi la scène des retrouvailles entre Ti Lung et Chow Yun Fat dans le film de Woo.
On retrouve avec plaisir Waise Lee dans un genre de rôle qui a fait son succès. Si l'histoire n'est pas très originale, elle évite, au moins d'aller à fond dans la manichéisme et la vengeance ne sera pas celle que l'on croit.
Johnny Wang en profite pour offrir au spectateur une ultime scène musclée et violente qui se terminera à la fois tragiquement et plutôt heureusement.
Au final, "Fury" n'est pas un grand polar mais il est un petit film sympathique dans lequel on ne s'ennuie pas et qui bénéficie d'un final relativement musclé.
Brotherhood
"Brotherhood" alias "Hing Dai" est un film de Stephen Shin de 1986 avec l'innénarable Danny Lee.
Il était une époque où quelques éditeurs distribuaient en France, en VHS, des films de Hong Kong de secondes zones dans lesquels jouaient tout de même des acteurs connus.
L'amateur de films cantonnais, que j'étais déjà alors, devait, fouiller les bacs à K7 pour les dénicher (les commandes étaient impossibles à l'époque puisqu'il me semble que les sociétés avaient déjà mis la clef sous la porte). A force de persévérance et de chance, l'on pouvait tomber sur une VHS "Fil à film" ou "Kara Films".
Ce fût alors l'occasion, après moult recherches de tomber sur des petits films tels que "Final Justice" ou "Road Warrior", avec Danny Lee, "Black vengeance", avec Chow Yun Fat, le nullissime "Magic Cristal" avec Richard Norton et Cynthia Rothrock ou encore "Le sens du devoir III" avec Cynthia Khan ou le pire film de Tsui Hark, "The Master", sous le titre de "The Defector".
On pouvait ainsi découvrir des petits films d'acteurs de renoms comme Chow Yun Fat ou, surtout, Danny Lee.
Maintenant, un autre éditeur se charge de nous proposer des films mineurs de Hong Kong avec des acteurs majeurs, mais en DVD cette fois. Parmi ces films, bons nombres sont repris des catalogues de Kara Films, comme, justement, "Brotherhood".
On pourrait remercier "Hong Kong Boulevard" de cette idée, si ce n'était le fait qu'il nous ressorte les films dans la même qualité que la VHS, c'est à dire, image très moyenne et, surtout, VF de l'époque.
Et, ceux et celles qui ont déjà testé, les VF des années 80, de films de Hong Kong, savent que même les acteurs de "Plus belle la vie" passeraient pour des oscarisables face aux doubleurs de l'époque.
Dès lors, il est assez difficile de faire la différence entre un film moyen et un mauvais film tant la Vf abaisse énormément la qualité de l'ensemble. Entre la traduction et le jeu piteux des doubleurs, difficile d'apprécier les dialogues.
Danny lee et Alex Man sont deux policiers à l'amitié indéfectible. Alors que le second se fait virer à cause de son caractère emporté, le second cherche à le protéger à tout prix. Mais Alex doit faire face à des difficultés financières, d'autant que son père est gravement malade, il sombre alors dans la délinquance en participant à des braquages. Danny aura fort à faire pour l'aider d'autant que c'est son jeune frère qui est chargé de l'enquête sur les braquages.
Stephen Shin n'a jamais fait beaucoup d'éclats en tant que réalisateur, malgré ses 18 films au compteur. "Black Cat", un remake de "Nikita" de Besson, a été, longtemps, son seul film accessible en France.
Danny Lee, vous le connaissez sûrement, c'est le pote de Chow Yun Fat dans "The Killer", l'un des chefs d'oeuvres de John Woo. Dans ce film, encore, il interprétait un policier. Je dis encore car c'est une habitude chez Danny de jouer des flics, au point qu'il deviendra l'icône de la police de Hong Kong.
Danny Lee nous fait donc son couplet habituel de ses petits polars de série B. Que ce soit dans ses propres réalisations ou celles des autres, il incarne, bien souvent, ce flic zélé, capable de franchir la ligne blanche pour faire son boulot et toujours brimé par ses supérieurs pour son attitude.
C'est encore le cas ici, même si c'est surtout son collègue, au départ, qui est la cible des supérieurs. Mais la propension de Danny à prendre la défense de son ami, pousse sa hiérarchie à le mettre sur la touche.
Pour autant, son amitié perdure et même quand Alex sombre dans le crime, Danny n'arrive pas à l'abandonner.
Cette amitié à la vie à la mort terminera dans la violence et le sang, comme souvent dans ce genre de film. Le final est d'ailleurs la meilleure scène du film et clos de belle manière un métrage plutôt moyen dans son ensemble.
Au final, "'Brotherhood" est peut-être un polar correct, mais la version française fournie par l'éditeur empêche réellement de le savoir. Il aurait fallu, pour cela, que "Hong Kong Boulevard" fasse l'effort de fournir le film en Vostfr plutôt qu'en VF d'autant que tout le monde sait très bien que les Vf de l'époque sont très mauvaises.
Dommage, donc, même si le plaisir de retrouver Danny Lee est toujours présent.
Mission impossible 4 : protocole fantôme
Les sagas qui s'améliorent au fur et à mesure des épisodes sont assez rares, pour ne pas dire inexistantes.
Inexistantes ? Non, pas vraiment, puisqu'il en existe au moins une, "Mission impossible".
Après un premier opus assez quelconque avec Jean Reno et Emmanuelle Béart malgré Brian De Palma derrière la caméra, un deuxième, dirigé par un John Woo en mal d'inspiration, qui ne vaut que pour la séquence d'ouverture et vingt minutes d'action en cours de film, la saga redressait la barre dans un troisième épisode haletant.
Tom Cruise revient donc en forme dans un 4ème épisode qui débute par une scène d'évasion d'une prison russe. Le tout est réalisé avec maestria par Brad Birde, ancien de chez Pixar.
Ethan Hunt est enfermé dans une prison russe suite à l'assassinat de gangsters slaves responsables de la mort de sa femme.
Cependant les services secrets américains ont besoin de lui et de la cellule "Mission impossible" afin d'infiltrer le Kremlin pour récupérer le dossier d'un dangereux criminel avant que ce dernier ne le détruise.
Mais Ethan Hunt et ses hommes sont piégés et accusés de l'explosion du Kremlin. Alors que les tensions entre les USA et la Russie sont de plus en plus fortes, le président des USA déclenche l'opération "Protocole fantôme" consistant à dissoudre la cellule "Mission Impossible". Ethan Hunt et ses hommes se retrouvent alors sans ressource et sans soutien. Ils vont pourtant devoir retrouver celui qui les a piégés et qui s'apprête à acheter les codes de lancement pour envoyer une tête nucléaire sur les USA afin de déclencher une guerre mondiale nucléaire.
Brad Bird, réalisateur de "Histoires fantastiques" pour la télévision, puis de dessins animés tels que "Les simpsons", "Les indestructibles" ou "Ratatouille", passe derrière la caméra pour le cinéma avec ce quatrième épisode des aventures d'Ethan Hunt.
Toujours produit et interprété par Tom Cruise, le film bénéficie du talent et de l'enthousiasme de son réalisateur.
Ce dernier n'hésite pas à s'amuser en offrant au spectateur des scènes d'anthologies, tant dans le rythme que dans la folie de certaines séquences (avec, pour apogée, la fameuse tempête de sable). De son côté, Tom Cruise s'implique toujours autant physiquement. Course poursuite, combats, sauts, Ethan Hunt est un espion quasi indestructible, capable de grimper les plus grandes tours de Dubaï à mains nues, de se jeter dans le vide en voiture, de foncer de plein fouet dans des voitures et de survivre aux plus grandes explosions.
Mais Brad Bird n'oublie pas non plus les touches d'humour et, pour se faire, il développe la présence à l'écran de Simon Pegg qui ne se contente plus de quelques apparitions.
Malgré quelques longueurs, le film aurait mérité de ne pas durer plus de deux heures, "Mission impossible 4" réussit son pari de divertir le spectateur en offrant un spectacle décomplexé, musclé et presque sans temps mort.
On ne reprochera au film qu'un final à la fois inutile (à moins qu'il introduise une suite), inintéressante et, surtout, trop guimauve hollywoodienne, ce que le film avait réussi à éviter jusque là.
Au final, "Mission impossible 4 : protocole fantôme" s'inscrit comme le meilleur épisode de la série et redonne un souffle nouveau à une saga qui s'était embourbée dès le premier épisode. Brad Bird dynamise les aventures d'Ethan Hunt et propose un spectacle détonnant et haletant qui ravira le spectateur avide de scènes d'action spectaculaires.
Target / This Means War
C'est lorsque l'on attend rien d'un film que l'on a le plus de chance d'être agréablement surpris.
Ce précepte colle parfaitement au film "This means war". Comme les distributeurs français aiment franciser (c'est normal) les titres étrangers, ceux-ci ont décidé de le renommer "Cela signifie la guerre" "La cible" "Target". Hé oui, allez comprendre l'intérêt de changer un titre anglais pour mettre un autre titre anglais.
McG, réalisateur de "Terminator salvation", de "We are Marshall" et des deux premiers "Charlie's angels", tente, maladroitement, de mêler comédie, film d'espionnage, film d'action et film romantique.
Deux espions (Chris Pine et Tom Hardy) tombent amoureux de la même femme (Reese Witherspoon). Entre les deux amis, la guerre sera déclarée pour réussir à conquérir le coeur de la belle. Ils utiliseront, pour cela, tous les moyens qui sont à leur disposition, n'hésitant pas à détourner le matériel qui leur sert durant les missions.
Rien de bien original dans ce film reprenant tous les clichés et toutes les images déjà vus dans des films comme "Mr et Mrs Smith", "Kung Fu nanny", "True Lies" et bien d'autres films de ce genre.
Après une première scène musclée voyant les deux espions tentant d'arrêter un dangereux espion allemand (Till Schweigger) en haut d'une tour, laissant ce dernier s'échapper en parachute non sans tuer son frère dans le même temps, le film s'embourbe dans l'intimité des deux amis. L'un, FDR, est un dragueur invétéré qui ne cherche que des aventures d'une nuit, l'autre, Tuck, n'arrive pas à se remettre de sa séparation avec sa femme et de la désaffection de son jeune fils.
Dans le même temps, Lauren est une jeune femme qui ne se remet pas d'avoir croisé son ex pour qu'il elle avait tout quitté avec sa nouvelle jeune fiancée. Pour l'aider, sa mère l'inscrit sur un site de rencontre. Tuck, après une pub à la télévision s'inscrit sur le même site et donne rendez-vous à Lauren. FDR, voulant aider son ami, se poste en surveillance, non loin et en profite pour aller dans un vidéo club, endroit parfait, pour lui, pour rencontrer des femmes célibataires venant louer des films pour occuper leurs soirées. C'est là qu'il rencontre également Lauren qui, après son rendez-vous avec Tuck, est venue louer un film. Il tombera sous le charme de la jeune femme sans savoir que c'est la même que celle avec qui avait rendez-vous son ami.
Quand les deux hommes se rendent compte qu'ils fréquentent la même femme, il est trop tard, les deux sont accrocs et ne veulent pas lâcher prise. La guerre s'engage alors pour savoir qui va conquérir le coeur de la belle.
Pas de grandes surprises dans le scénario cousu de fils blanc. Tout se devine à des kilomètres à l'avance sans que cela ne semble déranger le réalisateur. Au final, cela ne dérange pas non plus le spectateur même si le film aurait gagné à avoir un scénario un peu plus subtil.
On assiste donc à toutes les crasses que les deux amis se font pour obtenir les bonnes grâces de la jeune femme. Tous les passages obligés y sont, il n'en manque pas un mais ce manque de surprise n'empêche pas de prendre un certain plaisir devant ces séquences d'autant que certaines sont franchement drôles.
Pourtant, pas de quoi casser trois pattes à un canard d'autant que Reese Witherspoon est toujours aussi transparente. Heureusement, le personnage de la mère déjantée est là pour contrebalancer un petit peu.
Malgré tout, l'on ne s'ennuie pas et les quelques scènes d'actions sont là pour redynamiser un peu le film malgré une utilisation un peu limite des effets numériques, notamment dans la dernière scène.
Au final, "Target", n'est pas un chef d'oeuvre, loin de là, mais il s'avère être un agréable divertissement aussi vite vu qu'oublié. Mélangeant à la fois film d'espionnage, comédie, film d'action et comédie romantique, chacun y trouvera un peu de quoi le satisfaire.
Pour autant, l'ensemble souffre d'un scénario très prévisible, très manichéen et surtout très politiquement correct avec une fin typiquement hollywoodienne. Si on rajoute une réalisation manquant de finesse et de nuance, le tout ne marquera pas le monde du cinéma mais permettra de passer 100 minutes sans s'ennuyer et c'est déjà pas mal.
Les bas fonds
En 1902, Maxime Gorki, écrivain Russe engagé, écrit la pièce de théâtre "Les bas Fonds". En 1936, avant de réaliser l'un des plus grand chef d'oeuvre du cinéma mondial, "La grande Illusion", Jean Renoir adapte librement la pièce de Gorki. En 1957, Akira Kurosawa, donnera également sa version de l'oeuvre de Gorki avec "Donzoko / Les bas fonds" (Toshiro Mifune y reprendra le rôle que tenait Jean Gabin).
Jean Renoir a été l'un des plus grands réalisateurs français. Malheureusement, souvent oublié, comme Abel Gance et d'autres, le fils du peintre Auguste Renoir a mis en scène parmi les plus beaux films du cinéma de l'entre deux guerres.
Si "La grande illusion" reste, pour moi, son plus grand chef d'oeuvre, il était enfin temps, de revenir sur sa filmographie avec "Les bas fonds".
Jean Renoir était un réalisateur engagé. Après avoir adapté, en muet, "Nana" d'Émile Zola ou "La petite marchande d'allumettes" d'Andersen, Renoir passe au parlant en adaptant la pièce de Feydau, "On purge bébé" en 1931.
Le film n'a pas grande presse mais, dans la foulée, Renoir offre à Michel Simon l'un de ses plus beaux rôles avec "La chienne".
Entre deux de ses plus grands films, "Le crime de Monsieur Lange" et "La grande illusion", Renoir adapte donc, très librement, la pièce de Gorki.
La volonté de Jean Renoir de retranscrire l'oeuvre de Gorki dans le Paris de son époque a, semble-t-il, été modérée par ses amis communistes ce qui amène le réalisateur a intégrer quelques éléments plus slaves, un peu désarçonnants, comme la monnaie utilisée, le Rouble, et quelques noms de personnages.
Pépel est un voleur à la petite semaine qui vit dans une pension minable tenue par un vieux grigou et sa jeune femme qu'il butine à l'occasion.
Alors qu'il convoite la soeur de la tenancière qui lui reproche son mode de vie, il espère faire un gros coups en allant cambrioler un Baron.
Il rencontrera alors deux problèmes, le premier sera d'être surpris par le Baron en personne, le second est que ce dernier a perdu tout son argent aux jeux et qu'il s'apprête à être saisi dès le lendemain.
Entre les deux hommes, une amitié indéfectible va se créer.
Si Jean Renoir était un très grand réalisateur, force est de constater que "Les bas fonds" doit beaucoup à ses acteurs et, notamment, Jean Gabin, dans le rôle de Pépel et l'immense Louis Jouvet dans le rôle du Baron. On notera la présence exubérante et géniale du jeune Maurice Baquet en accordéoniste alcoolique et bondissant (il apparaissait déjà dans "Le crime de monsieur Lange du même Renoir).
Même si j'ai toujours préféré Gabin en acteur mature (à partir du milieu des années 50) il faut bien avouer que le bonhomme a déjà un charisme détonnant et maîtrise totalement ce genre de personnage (mi-voyou mi-gentleman).
Pour ce qui est de Jouvet, rien à dire, son jeu tout en intelligence et en légèreté emporte immédiatement l'adhésion. Sa diction saccadée, toute particulière, lui vient, au départ, d'un bégaiement qu'il cherchait à masquer.
Si la réalisation ne souffre d'aucun défaut, Renoir ne fait l'impasse ni sur l'interprétation de ses acteurs ni sur les dialogues, savoureux de bout en bout.
En plus des trois acteurs déjà cités, Renoir embauche Vladimir Sokolov pour interpréter le tenancier qui cache son côté vénal et son mépris des pauvres gens derrière des allures de bon chrétien. L'acteur, d'origine Russe, a fuit son pays lors de la révolution Russe pour aller en Allemagne qu'il a, à nouveau fuit à la montée du Nazisme, pour se réfugier en France, qu'il quittera également à l'approche de la guerre pour aller aux USA.
A noter que Vladimir Sokolov interprétera le vieux chef du village mexicain dans "Les 7 mercenaires" de John Sturges.
Si tous les acteurs offrent de grandes performances, même dans les petits rôles comme l'acteur alcoolique ou le vieux philosophe, j'ai plus de réticence avec les actrices, Suzy Prim (malgré sa longue carrière au cinéma), dans le rôle de la tenancière et, surtout, Junie Astor, dans le rôle de la jeune soeur.
Sans pouvoir rivaliser, tant dans les qualités techniques ou d'interprétation que dans les qualités humanistes avec "La grande illusion", "Les bas fonds" se pose toute de même en grand film.
Les scènes cultes sont nombreuses (la rencontre entre Pépel et le Baron, la scène où Louis Jouvet joue avec un escargot, les passages avec Maurice Baquet, les séquences christiques de l'acteur alcoolique) et renforcées par des dialogues et des jeux d'acteurs au diapason.
Renoir n'en oublie pas, pour autant, sa critique de la société et ses penchants de gauche avec ses personnages de pauvres tous solidaires et généreux et les personnages nantis avares, méprisants, vils... Que ce soit le vieux tenancier qui fait son beurre sur le dos des pauvres et les méprise, sa femme qui le trompe avec Pépel dans l'espoir que ce dernier tue son mari pour profiter de son argent, jusqu'au policier qui profite de son statut pour se voir offrir la jeune soeur de la tenancière.
Alors que chaque personnage, pauvre ou riche, ne cherche qu'à se sortir de cette pension et à gagner de l'argent, seul le Baron se laissera porter par un destin inverse et trouvera, finalement, son bonheur dans la pauvreté.
Au final, "Les bas fonds" bien que n'étant pas un chef d'oeuvre, s'avère être, tout de même, un grand film, magnifié par ses grands acteurs, ses dialogues ciselés et sa réalisation classique.
Ong Bak 3
"Ong Bak 3" est la suite directe de "Ong Bak 2" qui était lui même la suite... ha non, qui n'était, donc, pas la suite de "Ong Bak" premier du nom.
Quoi qu'en disent certaines critiques, "Ong Bak" a vraiment été une révélation pour ceux et celles qui adorent les films de "tatanage de gueules". En plus, le film avait l'avantage de révéler un artiste martial impressionnant, Tony Jaa (bon, en fait, il ne s'appelle pas comme ça, mais c'est mieux pour la distribution qu'un nom comme Warasarathrepulawa Oumsarawanatarapetorinawo).
"Ong Bak" avait l'avantage de mettre en avant un art martial jusqu'ici très rare sur nos écrans, le Muai Thai. Entre les combats et les cascades démentielles, le film avait conquis un certain public, tout en s'en mettant à dos une autre partie.
Peu importe, le succès était suffisant pour faire de Tony Jaa la nouvelle star des arts martiaux (depuis est arrivé Iko Uwais).
Aussi, Tony Jaa profite de sa notoriété pour s'investir un peu plus dans ses films et creuser dans une direction moins commerciale. Il sera donc co réalisateur, avec Panna Rittikrai, de "Ong Bak 2", un film qui n'a rien à voir avec le premier du nom et qui s'inscrit dans les rites bouddhistes ancestraux.
Ce deuxième film bénéficiait de combats d'excellentes factures mais était plombé par une réalisation par toujours fluide et par une histoire un peu embourbée dans la spiritualité bouddhiste.
Fort de cette expérience, les deux hommes repasseront derrière la caméra pour le troisième opus, gommant, au passage, les fautes techniques que contenait le précédent film.
"Ong Bak 3" débute là où le précédent s'était terminé. Tien est condamné à être torturé et exécuté pour avoir tenté d'assassiner le roi, responsable de la mort de son père.
Après avoir subit moult tortures, au moment d'être décapité, il est sauvé par des émissaires qui l'amènent dans un village pour se faire soigner. Là, il guérira et apprendra à méditer tout en se formant à un art martial particulier, basé sur les danses ancestrales.
Si l'on doit admettre que la réalisation s'est améliorée par rapport au deuxième épisode, le scénario est tout aussi emprunt de spiritualité thaïlandaise à laquelle le spectateur occidental sera totalement hermétique. Cette partie prenant la plus grande place dans le film, l'amateur de bastons se trouvera fort dépourvu devant le peu de combats à mains nues.
En effet, le film ne comporte que deux séquences martiales, l'une au tout début et l'autre à la toute fin. Entre les deux, rien à se mettre sous la dent en terme de castagnage. Le métrage s'embourbe dans des considérations mystico-philosophique qui parlent peut-être au spectateur local mais qui laisse l'occidental totalement perplexe.
Non pas que ces scènes soient totalement dépourvues de qualités, la réalisation est plutôt bonne, ainsi que la photographie, mais on regarde Tony Jaa pour le voir donner des coups de satons et des coups de coudes, non pas pour danser contre un arbre.
Pour autant, en raccourcissant un peu ces quelques séquences et en intégrant, au milieu, une ou deux scènes plus rythmées, le film aurait pu être alors très bon.
D'autant que le némésis de Tien, l'homme corbeau, est un personnage prometteur aux allures et aux chorégraphies fort intéressantes. Le combat final aurait alors pu être dantesque avec le style très aérien de cet ennemi et le nouveau style, encore plus saccadé, mais très visuel, de Tien.
Au final, malgré des qualités techniques évidentes, "Ong Bak 3" est un film un peu ennuyeux du fait de sa plongée trop profonde dans le mysticisme thaïlandais. Les amateurs de bastons seront alors frustrés devant le peu de combats et regretteront de n'avoir vu Tony Jaa plus en action.
L'Irlandais
Rarement présenté pour ce qu'il est, encore faut-il arriver à définir ce film, "L'Irlandais" alias "The Guard", est, encore une fois, contrairement à ce qu'en disent les critiques, aussi éloigné de "Bons Baisers de Bruges", que les deux films ne sont proches par leur acteur principal, Brendan Gleeson, et par leurs réalisateurs, Martin McDonagh pour "Bon Baisers de Bruges" et son frère Michael pour "L'Irlandais".
Aussi, à être incapable de dire réellement ce qu'est ce film, je me contenterai de dire ce qu'il n'est pas, contrairement à ce qu'en disent certaines critiques.
Non, "L'Irlandais" n'est pas une comédie. Non, "L'Irlandais" n'est pas un "Buddy Movie" (film d'amis). Non, "L'Irlandais" n'est pas un film policier. Non, "L'Irlandais" n'est pas un film dramatique. Non, "L'Irlandais" n'est pas un film ancré dans la réalité. Non, "L'Irlandais" n'est pas un Western". Non, "L'Irlandais" n'est pas un film d'action. Et, surtout, non, "L'Irlandais" ne souffre pas d'un rythme défaillant, il a juste un rythme atypique qui lui confère une aura particulière.
Mais alors, qu'est réellement ce film ? Un peu tout ça sans jamais être réellement un de ces qualificatifs.
Boyle est un flic irlandais, flegmatique et solitaire, amateur de Guinness, de poésie et de prostituées à ses heures perdues. En poste dans un petit village de la côte irlandaise où il ne se passe jamais rien, il passe ses journées à faire respecter la loi... au pub local. Malheureusement pour lui, des trafiquants de drogue ont jeté leur dévolu sur cette région endormie comme base de leurs opérations... Le petit village irlandais va bientôt se retrouver au cœur d’une importante opération anti-drogue menée par le FBI ! Les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais seules, Boyle doit se coltiner l’agent Everett, un super agent du FBI déterminé et maniaque dépêché sur place... Certes, les procédures de l'élite du FBI diffèrent de celles du flic bedonnant, peu zélé et "politiquement incorrect"... Mais après tout, la méthode "locale" pourrait bien fournir des résultats inattendus ! (Allociné)
Pour ce qui est de la comédie, assurément, le film n'en est pas une. D'ailleurs, il y a très peu de moments drôles (presque tous présents dans les bandes-annonces, d'ailleurs, ce qui peut expliquer la méprise). Ce n'est, surtout pas, non plus, un "Buddy Movie", comme j'ai pu le lire, le film ne fonctionnant pas du tout sur ce principe contrairement à ce que le laisse entendre le résumé. Western ? Si le film n'en possède pas les codes, il ne s'en approcherait que lors de rares moments lors des rares scènes contemplative sur les vertes étendues du Conemara.
Mais alors, qu'est-il donc au final ? Un film atypique, c'est certain et même un très bon film atypique.
Le film pourrait se résumer à la réflexion de Don Cheadle (l'interprète de l'agent du FBI) qui s'interroge sur Boyle (Brendan Gleeson) : "J'ai vraiment du mal à savoir si vous êtes un connard indécrottable ou si vous êtes vraiment fûté, Doyle". Question que l'homme se posera encore à la fin et que le spectateur est en droit de se poser également.
Car, effectivement, le personnage de Boyle est bien plus complexe qu'il n'y parait. Il pourrait passer pour un petit rigolo, ce qu'il n'est probablement pas, un "branleur", ce qu'il n'est pas non plus, "un ripou", ce qu'il n'est véritablement pas. Désabusé, manquant de repères et de but, Boyle trouve refuge dans la bière, les putes et la drogue. Sa seule attache demeurant sa mère n'ayant plus longtemps à vivre, l'homme semble n'avoir pour but d'être là où on ne l'attends pas, de dire ce qu'on ne s'attend pas à entendre, de faire l'inverse de ce qu'on lui ordonne.
C'est probablement cette dernière caractéristique qui va baliser sa démarche depuis la première scène jusqu'à la dernière.
Car le film, lui-même, débute d'une façon trompeuse avec ces jeunes drogués roulant à toute allure sur une route de campagne dont la voiture quitte la route et se retourne. Boyle assiste à la scène et, plutôt que d'appeler une ambulance pour secourir le conducteur éjecté du véhicule, allongé mort ou comateux sur le bitume, se contente de fouiller ses poches pour jeter la drogue qu'elles contiennent non sans goûter un petit peu à la marchandise avant.
Cette séquence sème le doute dans la tête du spectateur qui ne sait pas à qui il a affaire, mettant l'attitude du flic sur le compte d'une comédie grinçante. Pourtant, même si le comportement de Boyle dans la première moitié du film semble indiquer la volonté du réalisateur d'aller dans cette direction humoristique, si l'on se laisse imbiber par le reste de l'ambiance, on comprend alors que la volonté n'est probablement qu'une illusion.
Que ce soit cette chambre entièrement verte dans laquelle dort Boyle où la salle d'interrogatoire complètement bleue, ce gamin à bicyclette tirant son chien, personnage à tiers-chemin entre le monde onirique de David Lynch, l'apparence inquiétante du gamin aveugle jouant du banjo dans "Délivrance" et le "running gag / Gag récurrent" que ne renierait pas Takeshi Kitano. L'enfant à la propension à être toujours là où on ne l'attend pas et toujours là où il ne devrait pas être.
Alors, certes, le réalisateur n'oublie pas de jouer sur les clichés à travers Boyle qui explique son racisme comme faisant partie intégrante de sa culture irlandaise ou bien encore ces "locaux" refusant de parler anglais avec le mec du FBI et lui répondant en gaélique, mais, pourtant, force est de reconnaître que le bonhomme va bien plus loin que cela.
Film difficilement cernable, il n'y a guère que "Ghost Dog" de Jim Jarmusch qui m'ait autant décontenancé en proposant un spectacle tout autre que celui que proposait l'affiche, le résumé ou encore la bande annonce.
Car "L'irlandais" alias "The Guard" est un produit totalement atypique qui vaut autant par son interprétation, Brendan Gleeson est absolument parfait dans son rôle "Oxymore", déterminé et lymphatique, Don Sheadle excelle comme souvent, dans ce rôle de flic intègre, que par sa réalisation qui sait s'effacer devant un paysage ou un personnage.
Avec une fin à la fois ouverte et fermée, "L'Irlandais" s'impose comme un film à découvrir, à voir, à savourer.
Au final, jamais là où on l'attend mais toujours là où on l'espère, "L'Irlandais" est une grande réussite qui, sans débauche de moyen, tant au niveau visuel que rythmique, sait maintenir le spectateur à l'affût, le placer devant une scène et s'interroger sur la signification à lui donner. Car, plus complexe qu'il n'y parait, parce qu'il n'est pas ce que l'on pense, "L'Irlandais" est un film à part dans un monde cinématographique bien trop souvent formaté. Raté et ennuyeux pour ceux qui n'arriveront pas à dépasser des attentes mises en exergues par un résumé et une bande annonces trompeurs, le film deviendra alors une exquise gourmandise pour les autres.
Little Big Soldier
Jackie Chan approche la soixantaine (encore deux ans à tenir) et voilà bien longtemps qu'il n'enthousiasme plus les foules. En même temps, entre son désir de conquérir le public international en participant à des films bas de gamme hollywoodiens et son âge qui le prive des rôles physiques qui firent son succès, il n'y avait plus grand chose, dans sa filmographie, à sauver.
Si l'on excepte "Le royaume interdit" que je n'ai pas vu, "Shinjuku Incident", pour les mêmes raisons et "Rob-B-Hood", sympathique mais manquant cruellement d'action, il faut remonter à "New Police Story", en 2004, pour trouver un Jackie Chan en forme, tentant, pour une énième fois, de faire prendre un nouveau virage à sa carrière et, avant, "Police Story 4" qui date, quand même, de 1996.
C'est dire si je n'attendais pas grand chose de ce "Little Big Soldier". Mélanger humour, cascades et ambiance Wu Xia Pian guerrier me semblait un exercice des plus casse-gueules.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Jackie Chan s'est entièrement investi dans ce film. Scénario, production, chorégraphie, interprétation, il ne manquait que la réalisation pour compléter le tableau (cependant, connaissant le bonhomme, il n'a probablement pas hésité à imposer son point de vue à Ding Sheng, jeune réalisateur qui n'avait, à son actif que le moyen "Underdog Knight" et quelques spots publicitaires mettant en scène la star bondissante).
Pourtant, force est de constater que le film démarre de la meilleure des façons.
Après un prologue sous forme animée pour placer le film dans un contexte historique moult fois abordé dans le cinéma chinois, les guerres de réunification des provinces chinoises, le métrage démarre sur une superbe séquence d'après bataille où le sol est jonché de cadavres. Parmi eux, un fermier (Jackie Chan) qui, à défaut d'être un grand guerrier, use de subterfuges pour survivre lors de ces joutes sanglantes. Avec un plastron équipé d'une flèche rétractable, l'homme se fait passer pour mort et attend que tout le monde s'entretue.
Lorsque le fermier se relève, c'est pour assister au duel entre les deux derniers survivants, un soldat de son propre camp et un général ennemi. Ce dernier remporte l'affrontement, mais est blessé. Le fermier profite alors de l'occasion pour le faire prisonnier en espérant, en le ramenant à son camp, obtenir, en récompense, obtenir un petit lopin de terre.
Seulement, le général est en fait prince et la proie de son frère et ses hommes qui veulent s'en débarrasser pour accéder au trône.
Le budget du film semble confortable et on ne peut que s'enthousiasmer devant le jeu des deux acteurs principaux. Les décors magnifiques et les filtres de couleurs ainsi que la photographie participent, pour beaucoup, dans la qualité du métrage.
Dès la première scène, Jackie Chan se révèle parfait dans son rôle de petit bonhomme, fermier d'origine, contraint à faire la guerre et qui, par promesse à son père, veut survivre pour lui offrir une descendance alors que ses deux autres frères sont déjà morts durant les combats précédents. Wang Lee-Hom, chanteur d'origine, est également très charismatique dans son personnage de Général vaincu, prisonnier et cible de son frère. On ne peut pourtant pas dire que sa filmographie, jusque là, était encourageante, l'homme ayant même participé à un des pires films que j'ai pu voir, "China Strike Force". Enfin, dans le rôle du frère félon, Steve Yoo, ancien chanteur et mannequin coréen qui a rejoint l'équipe des comédiens cascadeurs de Jackie Chan. Caché sous les traits diaphane de son personnage, Steve fait terriblement penser au regretté Leslie Cheung, au point de donner à son personnage un côté touchant et fragile (je ne sais d'ailleurs si son suicide fait écho, volontairement, à celui de Leslie Cheung).
Le déroulé du film se fait autour du duo Chan-Wang avec les ficelles de la comédie du genre entre deux personnages opposés qui vont finir par s'unir et s'apprécier.
Le tout est agrémenté de quelques séquences de combats, parfois violentes, notamment dans celles auxquelles Jackie Chan ne participe pas, ou bondissantes, pour la participation de Jackie, très bien filmées, parfois épiques, toujours intéressantes.
Les combats dans le village des barbares sont à ce titre représentatifs des grandes qualités de l'ensemble du métrage dans les scènes d'actions, certes, rares, mais bien placées et bien réalisées.
Le film surfe donc sur une légèreté de ton qui n'empêche pas les scènes attendrissantes, tristes, avec, pour point d'orgue, l'ultime scène qui tranche avec le reste du film.
Jackie Chan trouve, ici, un bon rôle dans ce personnage à la fois espiègle, généreux, bondissant, courageux, lâche, enjoué, triste... en tout cas, un de ses meilleurs rôles depuis bien longtemps et, même si Jackie Chan n'offre plus les performances physiques d'antan (le contraire serait étonnant à son âge), il est agréable d'enfin le revoir dans un vrai bon film, généreux, sincère et maîtrisé.
Au final, "Little Big Soldier" est le retour en forme de la star du film d'action de Hong Kong dans un film servi par un scénario simple, certes, mais au service des acteurs, magnifiés par une réalisation au diapason et un final à la fois fort et touchant.
Il n'y a guère que deux chutes, lors de combats, qui sont un peu trop cartoonesques et qui contrastent avec le reste, à part ça, rien, mais strictement rien à reprocher au film, que du très bon, donc.
A noter la courte présence du trop rare Yu Rong Guang.
Les sombres origines de Sherlock Holmes
"Les sombres origines de Sherlock Holmes" est le premier épisode d'une série anglaise datant de 2001, "Les mystères du véritable Sherlock Holmes".
A l'origine, cet épisode devait être un téléfilm unique mais, suite à son succès, quatre autres épisodes seront tournés. L'acteur principal de cet épisode, Robin Laing, sera remplacé dès le second épisode par Charles Edwards, mais ce changement s'explique aussi par le fait que le personnage est plus vieux dans les épisodes suivants.
"Les sombres origines de Sherlock Holmes", comme son titre l'indique, s'intéresse aux origines de la création de Sherlock Holmes.
Le début du téléfilm nous montre Sir Arthur Conan Doyle conspué par son public après avoir fait mourir son célèbre personnage dans les chutes de Reichenbach suite à une bataille avec le Professeur Moriarty. C'est l'occasion, pour lui, de se pencher sur sa jeunesse.
On retrouve alors Conan Doyle en jeune étudiant en médecine à Edimbourg qui intègre l'Université de médecine. Il sera confronté à la mysoginie ambiante, qu'il ne partage pas, et qui voit certains étudiants et certains professeurs empêcher les femmes de suivre les cours. Doyle croisera ainsi le regard de Elspeth Scott et ne sera pas insensible à son charme. Mais, surtout, Doyle y fera la rencontre qui va changer sa vie, celle du Professeur Bell, un médecin atypique qui favorise l'observation et la perspicacité pour obtenir un meilleur diagnostique. Mais l'homme ne met pas ses pratiques qu'au service de la médecine, il aide également la police pour résoudre des affaires.
D'abord sceptique devant ce Professeur qu'il accuse d'être un charlatan, Doyle va apprendre à le connaître quand celui-ci le choisira comme assistant.
La vie du jeune étudiant va alors être totalement bouleversée entre ce Professeur qui deviendra son mentor, la jeune femme dont il s'éprendra et la maladie mentale de son père qu'il découvrira, horrifié, malgré que sa mère tentait de la lui cacher et ces évènements curieux dont il est le témoin, la mort curieuse d'un mendiant, une jeune femme violentée et une chambre recouverte de sang, des moutons égorgés et énucléés, la soeur d'Elspeth atteinte de syphilis et son mari qui va voir des prostituées...
Sir Arthur Conan Doyle l'a toujours reconnu, le Professeur Bell, son professeur de médecine de sa jeunesse, a été une grande source d'inspiration pour créer son personnage de Sherlock Holmes. Il révèlait que l'homme était capable de diagnostiquer une maladie à la simple observation d'un patient. Ici, il y a fort à parier que les aptitudes du Professeur Bell et ses participations à des enquêtes aient été exagérées pour les besoins de la série.
Cependant, la série nous montre une esquisse du célèbre détective à travers le personnage du Professeur Bell. Homme solitaire mais qui a besoin d'un assistant, célibataire, au visage fermé, à la certitude parfois hautaine, à l'intelligence certaine, à la perspicacité infaillible...
C'est donc avec un certain intérêt que l'on suit ce premier épisode, pour peu que l'on apprécie les aventures de Sherlock Holmes. La reconstitution de la ville d'Édimbourg est plutôt bonne et le plaisir de découvrir, même au travers d'une fiction, le personnage ayant inspiré le plus grand détective de la littérature, est incontestable.
Ce premier épisode de la série est d'ailleurs assez intelligemment mis en place puisqu'il n'hésite pas à faire quelques clins d'yeux aux aventures de Holmes et Watson, notamment sur le passage où le Professeur Bell inspecte la montre de Conan Doyle en lui donnant des détails sur le propriétaire de celle-ci (son père), provoquant la ire d'un Doyle toujours persuadé qu'il fait face à un charlatan.
Cette première enquête n'est pas, non plus, dénuée d'intérêt puisqu'elle confronte diverses pistes qui perdent le spectateur jusqu'à un final bouleversant, au moins pour Conan Doyle.
Si les trois épisodes suivants sont d'un qualité moindre, ils permettent tout de même aux créateurs de faire des allusions et des hommages au Professeur Bell, qui, outre avoir été à l'origine du personnage de Sherlock Holmes, a surtout été un médecin avant-gardiste qui permit de grandes avancées, notamment dans le domaine de l'anesthésie mais aussi de la formation des infirmières. Si l'on peut douter que Belle ait été à ce point un enquêteur, ce serait oublier que Scotland Yard faisait réellement souvent appel à lui lors d'enquêtes, qu'il servit également de médecin légiste sur de nombreux crimes et qu'il participa également à l'enquête sur "Jack l'éventreur".
Ces hommages, tant à Bell, Doyle que Holmes, passent par ce corps que Bell définit comme un déserteur ayant fait la guerre de Crimée, qui fait référence à une anecdote réelle à propos de Bell et un patient, à la fameuse casquette de chasse de Holmes, aux penchants pour le spiritisme de Doyle...
Le dernier épisode de la série pose également les bases du Némésis de Holmes, le Professeur Moriarty avec le personnage du policier Daniel Blaney, d'abord perçu par Bell et Doyle comme un incompétent alcoolique et qui va s'avérer un génie du crime.
C'est d'ailleurs ce dernier épisode qui se montrera le plus intéressant de la série après le premier, les épisodes intermédiaires étant quelque peu insipides.
"Les mystères du véritable Sherlock Holmes" commence donc avec brio et s'éteint avec autant de fougue mais a bien du mal, entre les deux, à maintenir l'intérêt.
Pourtant, le personnage du Professeur Bell est intéressant à plus d'un titre et méritait bien qu'une série lui soit consacrée. On peut aussi louer l'interprétation de Ian Richardson, parfait dans le rôle du professeur. Son choix n'est sûrement pas anodin puisque l'acteur a quasiment débuté en interprétant par deux fois le personnage de Sherlock Holmes dans deux téléfilms.
Son visage impassible et sa rigidité tant morale que physique n'est pas sans lui conférer une allure "Holmésienne" qui lui sied à merveille.
Au final, une série qui est plus à conseiller aux admirateurs de Sherlock Holmes qu'aux amateurs de séries policières bien que l'ouverture et le final de la série soient deux très bons téléfilms.



